Hamid, 28 ans

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Hamid, 28 ans

 

Hamid impressionne par sa maîtrise du français.  L’amour qu’il lui témoigne transparaît lorsqu’il nous raconte ce long voyage du Soudan jusqu’à Créteil. Une mémoire des dates étonnante, symbole des faits marquants qui ont dessiné son parcours.

Durant toutes ces étapes, Hamid n’a jamais cessé de croire et d’espérer. Optimiste aguerri, Hamid n’oublie pas ces rencontres qui l’ont aidé dans son parcours et continue d’avoir foi en l’être humain, convaincu qu’il est indispensable de donner et d’aider ceux qui aujourd’hui en ont besoin.

Arrivé en France en 2016, sans parler le français, Hamid est aujourd’hui membre actif au sein d’EPIC et son parcours est un exemple pour ceux qui entament cette expérience d’apprentissage du français.

 

« Un mot qui va tout changer »

Quand certains, admiratifs, lui demandent le secret de cet apprentissage, son moteur, sa motivation, Hamid sourit. Modeste, il nous explique que tout commence à la découverte d’un mot, un mot qui va réveiller chez lui une profonde admiration de la langue française et une francophilie qui ne va jamais cesser de grandir.  Tout commence au Soudan, nous conte Hamid. Là-bas le cinéma égyptien rencontre un succès sans pareil et la jeunesse est incollable sur ce cinéma égyptien.

« Souvent, j’entendais ce mot, je ne savais pas ce que ça voulait dire, mais j’aimais bien ! ». Hamid demande à ses amis et découvre que ce mot qui ne cesse de résonner et qui a su capter toute sa curiosité signifie Choukrane en arabe. « Ce mot, c’était merci ! ».

« L’anglais n’était pas suffisant, je voulais exprimer d’autres choses, dans une autre langue ». On découvre une langue qui pour Hamid permet d’exprimer d’autres émotions, d’autres sentiments. Les langues le fascinent et lui permettent de s’ouvrir aux autres.

 

« Epic m’a accompagné et aidé à découvrir le français »

Au début Hamid étudie l’anglais au Soudan. Un ami francophone qui a vu en lui son amour pour le français l’encourage à venir à l’association EPIC lors de son arrivée en 2016.

C’est avec Nassima, alors membre du bureau d’EPIC, qu’Hamid découvre l’association. Les premiers échanges sont timides, impressionnés, comme c’est le cas lors d’une première rencontre. Hamid a alors recours à la langue anglaise lors de ses premiers échanges et premières interactions.

Il est venu avec ses amis, et découvre les lieux, les salles de classe, l’Université. Dans le cadre des tandems, on propose à Hamid de renouveler l’expérience des échanges linguistiques et d’y revenir.

« Mon premier souvenir avec EPIC, c’est mon premier vrai tandem, avec Charlotte ». Hamid, alors plus à l’aise en anglais, va briser la glace et commencer l’exploration du français.

 

« Il faut que les gens qui veulent apprendre le français, les nouveaux, et ceux qui veulent aider, aient plus de lieux comme EPIC ».

Ce que retient surtout Hamid de son expérience à EPIC, c’est la spontanéité des échanges : pouvoir parler de tout avec des interlocuteurs qui ne jugent pas. EPIC, c’est un lieu mais ce sont aussi des moments où Hamid a tissé de belles rencontres, des personnes qui l’ont motivé à poursuivre ses efforts et ses projets, qui ne l’ont jamais quitté.

Les études sont importantes pour Hamid. Il n’a jamais abandonné ce projet de poursuivre son apprentissage des langues et de pouvoir le mettre à contribution d’actions et de causes qui lui tiennent à cœur.

L’équilibre travail/cours, est comme tout un chacun le sait, très difficile, et Hamid fait tout pour concilier son emploi, et la poursuite de son apprentissage du français. Il poursuit une formation « passerelle vers l’Université » au sein de l’Université Paris-Est Créteil. Il s’agit d’un dispositif permettant à des étudiant.e.s au statut de réfugié.e ou demandeur.euse d’asile, d’acquérir le niveau de français requis pour intégrer des formations disciplinaires à l’université française en 2018-2019.  Hamid travaille avec beaucoup de rigueur pour l’obtention du niveau B1.

Ce qui marque chez Hamid, c’est sa détermination à maitriser le français. Une rigueur de tous les instants qui lui permet de prendre chaque événement du quotidien comme une chance pour apprendre une nouvelle notion, un nouveau mot, une nouvelle expression.

 

« C’est important d’aider, comme on peut, pour améliorer la vie de ceux qui ont une histoire très triste ».

L’emploi du temps d’Hamid est bien chargé. Employé dans un supermarché parisien la journée, il est aujourd’hui ravi de pouvoir pratiquer son français au quotidien et de multiplier les rencontres.

« Enfin, je peux parler français tous les jours ! », nous explique Hamid en souriant. Il a en effet connu plusieurs petits emplois, mais qui ne lui permettaient pas, comme il le souhaitait, de pratiquer le français. Après avoir commencé en rayon, il s’est rapidement vu proposer un poste en caisse, au contact des clients. Une première victoire pour Hamid concrétisant ses progrès en français !

 

« Bientôt insha’allah*, je deviendrai interprète. C’est mon plus grand rêve. »

Le soir Hamid met à contribution son temps et ses compétences au service de missions caritatives et humanitaires. Déjà interprète bénévole anglais-arabe au Soudan, Hamid a très vite rejoint les équipes de terrains de Première Urgence Internationale aussitôt que son français lui a permis d’aider d’autres migrants arabophones et anglophones dans le besoin. P.U.I est une ONG française de solidarité internationale. Elle apporte une aide d’urgence aux victimes civiles marginalisées ou exclues par les effets de catastrophes naturelles, de guerres et de situation d’effondrement économique

« Les gens qui arrivent, les migrants, ont des histoires lourdes. C’est difficile pour eux. Il faut les mettre à l’aise, les comprendre et les aider ».

Lors de ses missions de terrains, Hamid aide les équipes de P.U.I, le soir, à orienter et conseiller les migrants dans le besoin. Avoir en face de soi une personne qui sait ce que l’on a enduré et qui aide, permet déjà en soi d’aider, nous explique Hamid. Il s’agit pour lui de montrer l’exemple. Faire preuve de persévérance et d’optimisme c’est ce qui lui a permis de relever les obstacles et les épreuves et lui permettent encore aujourd’hui d’apporter son aide.

Aujourd’hui, Hamid rêve de devenir interprète professionnel et de s’investir professionnellement au sein d’ONG.

« J’avais eu, au Soudan, un entretien avec l’ONU pour être interprète. Je parlais anglais, arabe et le nuba (Le NUBA est un dialecte répandu dans la région du Darfour au Soudan). Mais il me manquait le français ». Comme une revanche sur le passé, cet entretien pour l’ONU a marqué Hamid qui réalise, aujourd’hui, jour après jour son rêve de devenir interprète. « Bientôt insha’allah, je deviendrai interprète. C’est mon plus grand rêve. »

 

 

 

 

 

* Locution arabe souvent utilisée en référence à un évènement que l’on souhaite voir se réaliser

Portrait réalisé par Yassin le 4 avril 2018 

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